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« …notre équipe nationale est surtout basée à l’extérieur qu’au Togo », Togbui Akoussah Camélio, ancien Directeur Technique National (DTN) de la FTF

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« …notre équipe nationale est surtout basée à l'extérieur qu’au Togo », Togbui Akoussah Camélio, ancien Directeur Technique National (DTN) de la FTF

En tant que nation fière de son héritage footballistique, le Togo a connu des moments glorieux sur la scène internationale, notamment en participant à la Coupe du Monde de football 2006 de la FIFA et en produisant des talents de renommée mondiale.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui explique cette léthargie de l’équipe nationale du Togo et quelles solutions pour redorer le blason du football togolais ? Pour explorer cet univers en profondeur, nous nous entretenons avec Togbui Akoussah Camélio, ancien Directeur Technique National (DTN) de la Fédération Togolaise de Football (FTF), actuellement instructeur des arbitres de la Confédération africaine de football (CAF) et de la Fédération internationale de football association (FIFA).

Lomegraph : Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de votre expérience en tant qu’ancien directeur technique de la Fédération Togolaise de Football ?
Akoussah Camélio : J’ai été un joueur d’un club de première division qu’on appelle le Real de Lomé. Mais j’ai joué en tant que junior, d’abord avec les Kouevi et les Kaolo. Tout ceux-là, on a joué ensemble et après notre club est tombé en D2 et en 1972, j’ai été en France pour poursuivre mes études en tant que professeur d’éducation physique. Et en même temps, j’ai suivi le cursus d’entraîneur.

Je suis revenu en 1977 et j’ai été entraineur de Gomido FC jusqu’en 1981 où j’ai été affecté à l’Institut national du sport (INJS) comme Enseignant de football et j’ai pris aussi Agaza de Lomé où j’ai été Champion du Togo. Ensuite, après Agaza, je suis revenu à l’Entente 2, où j’ai pris les juniors, les seniors et ainsi de suite. Aujourd’hui, je suis le Directeur technique de l’Entente 2.

Dans mon parcours, j’ai été aussi nommé Directeur Technique de la Fédération Togolaise de Football (FTF), et notre prouesse c’est d’arriver à qualifier notre équipe. J’ai joué 2 ou 3 CAN en tant que Directeur technique. Puis, j’ai participé à la Coupe du monde 2006 avec l’équipe du Togo.

Sur le parcours, j’ai eu la chance de créer un centre de formation que vous connaissez bien, le Sporting Club de Lomé et j’ai eu la chance d’avoir à former des joueurs comme Adébayor, Djima Oyaolé, les frères Sénaya, Forson, etc…qui ont fait le beau jour de de l’équipe nationale.

Comment décririez-vous l’état du football au Togo à l’époque où vous étiez en poste ? Aujourd’hui, qu’en est-il ?

Quand j’étais Directeur technique de football, j’ai eu la chance d’avoir certains joueurs locaux. Le championnat était quand même un peu relevé. Le Club Sémassi qui fournissait beaucoup de joueurs, il y a l’entente 2, et puis on est très organisé. On se basait sur les locaux, ensuite on faisait revenir certains joueurs qui sont performants à l’extérieur. Mais aujourd’hui, j’ai constaté que notre équipe nationale est surtout basée à l’extérieur qu’au Togo.

C’est une équipe nationale quand même, mais qui n’a pas d’âme. Parce que les joueurs qui reviennent, ils n’ont pas d’âme, ils n’ont pas de racines au Togo. Il n’y a pas de supporters, il n’y a pas des gens qui sont derrière eux. Eux, ils viennent jouer, puis ils s’en vont, donc ils manquent quelque chose, autrement dit, la fibre patriotique à ces jeunes. Il faut dire qu’ils se débrouillent bien.
Mais seulement le football, c’est autre chose que de jouer sur le terrain. Il y a le côté patriotique et le côté psychologique qui jouent beaucoup. Ce qui fait que notre football aujourd’hui, est au creux de la vague.

Quelle est la grande réalisation dont vous êtes fier aujourd’hui et dont vous pouvez parler avec égoïsme quand vous étiez aux affaires au niveau de la Fédération ?

Ouais, je l’ai dit. J’ai participé en tant que Directeur technique à la CAN au Ghana et au Mali. Et surtout, c’est le la Coupe du monde, même s’il y a eu beaucoup de problèmes. Mais participer à une Coupe du monde, cela arrive rarement dans la vie d’un acteur de football.

Malheureusement quand on est revenu de la Coupe du monde, c’est là où on a commencé la crise qui perdure jusqu’à maintenant.

Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels fait face le football togolais actuellement ? Comment peut-on les relever ?

Je dirais que ce qui nous manque, c’est une vraie politique sportive. Une politique sportive à moyen et à long terme. On fait toujours de court terme. Je comprends les autorités. Quand un ministre vient, il veut gagner. Parce que s’il ne gagne pas, sur une défaite, on peut l’enlever, donc on fait tout pour gagner le match d’aujourd’hui, mais on ne prépare pas l’avenir.« …notre équipe nationale est surtout basée à l'extérieur qu’au Togo », Togbui Akoussah Camélio, ancien Directeur Technique National (DTN) de la FTF

Par exemple dans notre temps, moi j’ai joué cadets, juniors, espoirs, seniors. Est-ce qu’actuellement notre fédération organise des championnats cadets ? Il n’y a pas de junior ? Il n’y a pas d’espoir, les clubs n’en ont pas. Les joueurs sortent d’où ? Il n’y a pas de génération spontanée, les joueurs doivent avoir un processus jusqu’en première division, jusqu’à l’équipe nationale.

Tout le monde se débrouille et ensuite on fait une équipe nationale qui est, comme je l’avais dit, composée d’expatriés, qui n’ont pas la fibre patriotique. Donc il manque une politique à moyen et long terme pour que notre football reprenne sa lettre de noblesse, mais personne n’ose le dire.

Dans 10 ans qu’est-ce qu’on aura ? Si vous avez une politique de 10 ans, le joueur déjà à 15 ans, vous devez commencer par l’entraîner, le former et jusqu’à 25 ans, le joueur doit être performant. Mais ici c’est toujours du saupoudrage. On dit qu’on va jouer la Coupe d’Afrique des moins de 15 ans, des moins de 17 ans et il n’y a pas de championnat de moins de 17 ans. On trouve les joueurs où ? C’est toujours du saupoudrage, donc il faudrait restructurer la fédération, restructurer les compétitions, restructurer les clubs.

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Néanmoins, il y a un progrès. On a dit maintenant que tous clubs doivent avoir au moins une équipe de moins de 15 ans. Déjà, c’est une bonne chose. Est-ce que ça va perdurer ? Ça je ne sais pas. Donc si on a l’équipe des 15 ans, il faut les mettre en compétition. Un joueur doit avoir au moins 40, 50 compétitions dans les jambes. Mais ici là, c’est pendant les congés que les gens s’organisent. Et voilà, on joue des tournois sans suite. Ce n’est pas une organisation. Il faut qu’il y ait une organisation des championnats au niveau des minimes. Nous, on avait joué le championnat scolaire, c’était très bien organisé. C’est maintenant avec l’actuel ministre qu’on a commencé à voir le bout du nez avec le championnat. Cela commence à venir, mais pourra disparaitre complètement s’il n’y a pas de formation dans les établissements.

D’après vous, quelle est la place du football dans le développement social et économique du Togo ?

Actuellement, on ne peut pas dissocier le football du développement économique. Le football participe au développement économique d’un pays. C’est indéniable. Mais chez nous, est-ce qu’il participe ? C’est avec la professionnalisation qu’on a compris que le football peut faire évoluer notre économie.
Vous voyez par exemple au Sénégal, avec les retombées des Sadio, ce qu’il réalise ? Il y a des gens qui créent des centres de formation, qui créent des emplois. Le football maintenant, c’est de l’argent. Or, pour avoir de l’argent, il faut investir et on n’investit pas beaucoup dans notre football, on est toujours dans l’amateurisme. C’est dépasser. Au Togo, on veut le football professionnel. Cependant, quand on dit professionnel, c’est avec les structures, les stades, etc… On a combien de stades viables dans notre pays ?

Au contraire, nous à notre époque, pourquoi le football marchait ? On avait le stade Pêchu parc, là où se trouve le palais des congrès, Beniglato, Terrainvi… Il y avait beaucoup de terrains, d’espaces pour jouer. Maintenant, il n’y en a plus. Eh Ben, il faut en construire beaucoup comme au Bénin. Oui, il nous faut en arriver là. Parce que pour pouvoir faire progresser les jeunes, il faut qu’ils aient les terrains de jeu. Il faut qu’ils aient du matériel.

Donc, il faut restructurer tout, restructurer les clubs, enfin doter chaque préfecture d’infrastructures adéquates pour pouvoir développer le football.

Quel est votre rêve pour le football togolais ?

C’est de revivre ce qu’on avait vécu pendant la Coupe du monde 2006. C’était extraordinaire quand vous allez à la Coupe du monde, l’ambiance, tout ce qu’il y a tout autour, c’est extraordinaire. Je crois que c’est un des moments agréables de ma vie, quoi qu’il y ait eu beaucoup de problèmes. Je rêve même d’occasion encore d’assister à une Coupe du monde avec le Togo. Mais pour y arriver, il y a beaucoup de choses à faire. Cependant, c’est mon rêve.

A cet effet, il faut que le ministère et la fédération revoient nos structures, que ce soit au niveau des dirigeants ou au niveau des infrastructures et au niveau de l’organisation de notre football. Qu’il y ait véritablement une politique de jeunes parce que c’est la base qui va constituer le l’élite, le sommet. S’il n’y a pas la base, si la base n’est pas solide, on n’aura jamais d’élites. Il ne faut toujours pas faire appel aux gens qui sont à l’extérieur. Il faut au moins avoir une base solide au pays et c’est ce que moi je souhaite. C’est ce sur quoi nous devons travailler afin que le Togo retrouve ses lettres de noblesse.

Pour y arriver, que recommanderiez-vous aux différents acteurs ?

Comme je l’avais dit, il faut qu’on restructure le football dans l’ensemble. D’abord, c’est les districts qui sont à la base qu’on doit développer. Par exemple, les districts regroupent les quartiers. Mais il n’y a pas de championnats de district en tant que tel, il n’y a que des tournois. Si les districts sont bien développés, cela va rejaillir sur la Ligue et sur la Fédération.

Encore mieux, je souhaite même que chaque district organise sa sélection. Par exemple à Lomé, on a deux districts. Chaque district organise sa sélection. Si on joue, on a une sélection de district, ensuite les ligues vont jouer et on aura une sélection de ligue. Vous voyez qu’on va sortir de bons joueurs. Alors qu’ici, pour former, pour constituer l’équipe nationale, surtout au niveau des jeunes, on organise un tournoi de deux ou trois jours.

Non, je crois qu’il faut doter les districts de moyens conséquents, doter les ligues et cela va rejaillir sur la fédération, parce que les ligues, les districts, souffrent trop. Lesquels se basent sur les clubs, les petits clubs, mais les petits clubs n’ont pas de moyens. Or, c’est eux-mêmes qui doivent être la base de la pyramide pour former les joueurs d’avenir. Mais si la base n’est pas solide comme je l’ai dit, il n’y aura rien. Même en 10 ans, on serait toujours au même niveau. On ferait toujours du saupoudrage.

En quoi pourrait consister votre implication pour l’atteinte de ce rêve pour le football togolais ?

De par mon âge, normalement je dois commencer à prendre ma retraite. Mais, je suis encore sollicité. Donc, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour participer au développement de notre football. C’est ma passion.

Comme je l’ai dit, si je suis resté ici (Nyekonakpoè, ndlr), c’est à cause du football. Vous voyez les conditions dans lesquelles l’on vit dans le quartier, c’est de l’eau partout. Alors que moi j’ai des villas, je peux vivre tranquille, mais c’est à cause de football.

Je vis du football, je vis toujours dans le football, mais il faut qu’on comprenne que le football, c’est de l’investissement, c’est une politique claire, ce sont des structures que ce soit au niveau des dirigeants, qu’au niveau des représentants et au niveau des clubs, voilà.

Enfin, quels conseils donneriez-vous aux jeunes Togolais qui aspirent à une carrière dans le football ?

Pour devenir Adébayor, il faut travailler. C’est le travail qui paye. Moi j’ai toujours félicité Adébayor parce qu’il a travaillé. L’exemple que je donne souvent est ceci : Adébayor a été malade et il a fait deux semaines à Akatsi. Quand il est revenu, le même jour, il est venu à l’entraînement. Et quand je l’ai ramené à la maison, sa maman a crié sur moi et m’a insulté.

Adébayor même quand il pleut, il vient. Des fois, je le renvoie : « Il pleut, on va faire quoi ? », parce qu’il a voulu travailler.
Mais ici, les gens viennent te voir, voilà, j’ai un enfant, est-ce que vous pouvez l’envoyer en Europe ? L’avenir, ce n’est pas en Europe. Il faut travailler ici d’abord, travailler beaucoup, ensuite le reste va venir. Tout le monde rêve d’être Adébayor, c’est normal.

Mais tout le monde ne peut pas être Adebayor, mais tout le monde peut travailler pour tendre vers Adébayor. Et pour y arriver, c’est le travail. S’il n’y a pas du travail, il n’y aura rien.
Il faut être ambitieux, mais c’est par le travail. C’est comme quand quelqu’un veut réussir à l’école. Il travaille à l’école avec son professeur, mais il y a des devoirs de maison. C’est la même chose au niveau du football.

Votre mot de fin.

Je souhaiterais que nous revivions, le football que nous avions connu dans les années 2006. Cela fait plaisir quand on revient des compétitions. Moi-même en tant que technicien, il y a des matchs de première division, là j’y vais plus parce que c’est soporifique. Il faut qu’on retrouve le football d’antan. Mais il faut mettre en place beaucoup de structures et faire preuve de beaucoup d’amélioration pour pouvoir retrouver le sérieux d’antan. Merci beaucoup.

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