À Togoville, une pratique vieille comme le monde continue de faire vivre les échanges, à l’heure des paiements numériques et des transactions instantanées. Dans ce coin du Togo, le troc résiste au temps et rappelle que l’économie peut aussi reposer sur la confiance.
Bien avant l’apparition de la monnaie, les échanges entre les hommes reposaient sur un principe simple : le troc. Ce système, considéré comme la première forme d’échange commercial, consistait à échanger directement un bien contre un autre, sans intermédiaire monétaire. Dans les sociétés anciennes, il permettait à chacun de satisfaire ses besoins en accédant à des produits qu’il ne produisait pas lui-même.
Togoville : un système d’échange ancestral qui perdure
Ainsi, un agriculteur pouvait échanger ses récoltes contre du poisson, du sel ou des outils fabriqués par des artisans. Ce mode d’échange reposait sur une logique de complémentarité entre les activités et sur une forme d’équilibre entre les besoins des individus.
Cependant, avec l’évolution des sociétés et l’intensification des échanges, le troc a montré ses limites. Il devenait parfois difficile de trouver un partenaire prêt à accepter exactement ce que l’on proposait en échange. Cette contrainte a progressivement conduit à l’émergence de formes de monnaie, notamment les cauris en Afrique, avant l’introduction des monnaies modernes comme le franc CFA.
Malgré ces transformations, le troc n’a pas totalement disparu. Dans certaines communautés, il continue d’exister, non pas comme un système dominant, mais comme une pratique complémentaire aux échanges monétaires. Au Togo, cette réalité trouve une expression particulière dans la ville historique de Togoville.
Togoville : le marché de Fantchao Gnagada, cœur des échanges
Située à environ soixante kilomètres de Lomé, Togoville abrite l’un des rares marchés où le troc est encore pratiqué de manière régulière. Chaque mercredi, le marché de Fantchao Gnagada devient le théâtre de ces échanges singuliers.
Installé sur une superficie d’environ 8 000 mètres carrés, à quelques centaines de mètres du lac Togo, ce marché attire des milliers de personnes venues de différentes localités. Cultivateurs, pêcheurs, éleveurs et commerçants s’y retrouvent pour échanger leurs produits.
Les agriculteurs des villages environnants, tels que Djankanssé, Sévagan, Vogan ou Akoumapé, arrivent avec des céréales, des tubercules et des légumes. Face à eux, les pêcheurs proposent du poisson séché, tandis que les éleveurs offrent des volailles ou d’autres produits issus de leur activité.
À cette dynamique locale s’ajoutent des commerçants venus de Lomé, d’Aného ou encore du Bénin voisin, qui introduisent dans les échanges des produits manufacturés comme des savons, des parfums ou des vêtements.
Dans ce marché, la monnaie n’est pas toujours au centre des transactions. Les échanges se font directement entre les acteurs. Un sac de maïs peut être troqué contre du poisson séché, des tubercules contre des produits de consommation courante. La valeur des biens ne repose pas sur un prix fixé à l’avance, mais sur une entente entre les parties.
Chaque semaine, entre 4 000 et 7 000 personnes fréquentent ce marché. Les périodes de récolte et les saisons de pêche sont les moments où l’activité y est la plus intense, témoignant de l’importance de ce système dans l’économie locale.
Au-delà de son aspect économique, le troc à Togoville revêt une dimension sociale forte. Il s’inscrit dans une logique de solidarité et de confiance entre les communautés. Les échanges ne sont pas seulement des transactions, mais aussi des moments de rencontre et de coopération.
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« Le troc se fait dans un esprit d’entraide », confie une commerçante de légumes rencontrée sur le marché. Cette pratique permet également à certains acteurs économiques, notamment les petits producteurs, d’accéder à des biens sans nécessairement disposer de liquidités.
Dans un contexte où l’accès à la monnaie peut être limité, le troc constitue une alternative viable. Cependant, la modernisation de l’économie et la généralisation de la monnaie ont progressivement réduit l’importance de ce système. Les nouvelles générations, davantage tournées vers les échanges monétaires, perçoivent parfois le troc comme une pratique ancienne.
Pour d’autres, au contraire, il représente un patrimoine culturel à préserver. Le marché de Fantchao Gnagada apparaît ainsi comme un espace où tradition et modernité cohabitent.
Au final, le troc à Togoville dépasse le simple cadre d’un mode d’échange. Il incarne une mémoire collective, un lien social et une manière différente de concevoir l’économie. Dans un monde où tout semble monétisé, il rappelle que l’échange peut aussi reposer sur la confiance, la proximité et la complémentarité des besoins.
À Togoville, le troc n’est pas un vestige du passé. Il est une pratique toujours vivante, discrète mais essentielle, qui continue de rythmer la vie de milliers de personnes chaque semaine.
Cet article est tiré du magazine Togo Émergent de Lomegraph. Retrouvez le magazine et plongez au cœur des réalités socio-économiques du Togo.







