Le banc des Éperviers du Togo n’a jamais été aussi stratégique. À l’heure où le sport roi du pays cherche un nouveau souffle après l’ère Nibombé Daré, deux noms seraient en train de faire surface: Hubert Velud et Olivier Guégan, a appris la rédaction de LOMEGRAPH. Deux techniciens français, deux trajectoires solides, mais surtout deux visions radicalement différentes pour façonner l’avenir de la sélection nationale.
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La succession de Nibombé Daré intervient dans une phase charnière pour les Éperviers du Togo. Entre exigences de résultats immédiats, reconstruction d’une identité de jeu et valorisation d’un vivier local et binationaux, le prochain sélectionneur devra conjuguer compétence tactique, autorité morale et intelligence contextuelle. Dans ce jeu d’équilibre, Velud et Guégan avancent comme les candidats les plus crédibles.
Un sélectionneur qui a fait ses preuves au Togo et sur le continent
Hubert Velud n’est pas un inconnu au Togo, encore moins en Afrique. Son CV respire le continent. En club, il a touché les sommets avec le TP Mazembe, remportant la Coupe de la CAF 2016, la Supercoupe d’Afrique, ainsi que le championnat et la Supercoupe du Congo.
En Afrique du Nord, il a laissé une empreinte durable : double champion d’Algérie avec l’ES Sétif (2013) et l’USMA Alger (2014), élu meilleur entraîneur du championnat algérien deux années consécutives.
Plus récemment, à l’AS FAR de Rabat, il a conduit son équipe jusqu’aux quarts de finale de la Ligue des champions CAF, terminant invaincu en phase de groupes, avant de quitter le club début 2025 alors qu’il occupait la 3ᵉ place du championnat marocain.
En sélection, Velud est un habitué des missions à haute pression. Au Burkina Faso (2022-2024), il qualifie les Étalons pour la CAN 2024, atteint les huitièmes de finale et pose des bases solides pour les éliminatoires du Mondial 2026. Au Soudan, il réussit un exploit majeur en qualifiant les Crocodiles du Nil pour la CAN 2021 et la Coupe Arabe de la FIFA, après dix ans d’absence, dans un contexte politique extrêmement instable.
Et surtout, le Togo. Entre 2009 et 2011, il mène les Éperviers à la CAN 2010, une période marquée à jamais par le drame de Cabinda, attentat au cours duquel Velud fut lui-même blessé.
Hubert Velud présente l’avantage majeur de connaître parfaitement les réalités du football africain, qu’il a longuement côtoyées aussi bien en club qu’en sélection. Son parcours sur le continent, marqué par des succès continentaux et des qualifications régulières aux grandes compétitions, lui confère une crédibilité immédiate et une autorité naturelle auprès des joueurs comme des dirigeants.
Sa précédente expérience à la tête des Éperviers constitue également un atout important, puisqu’il maîtrise déjà l’environnement togolais, les attentes du public et les exigences institutionnelles de la Fédération. Ce vécu lui permettrait de gagner un temps précieux dans la prise de fonction et d’apporter rapidement de la stabilité, un cadre tactique clair et une culture de la performance.
En revanche, son retour pourrait être interprété comme un choix peu audacieux, donnant l’impression d’un regard tourné vers le passé plutôt que vers l’ouverture d’un nouveau cycle. Son précédent passage reste par ailleurs chargé d’une forte dimension émotionnelle, liée au drame de Cabinda, ce qui pourrait peser symboliquement sur un nouveau mandat.
À cela s’ajoutent des attentes populaires particulièrement élevées, susceptibles de limiter sa marge d’erreur dès les premiers résultats. Enfin, son profil apparaît davantage orienté vers la recherche de performances à court terme que vers la mise en place d’un projet de reconstruction en profondeur sur le long terme.
Olivier Guégan se positionne
À 53 ans, Olivier Guégan incarne une autre école. Celle de la structuration, de la discipline et du travail de fond. Il a entraîné dans toutes les divisions majeures françaises, de la Ligue 1 au National, avec des clubs historiques : Stade de Reims, Valenciennes, Sochaux, Grenoble.
Son fait d’armes le plus marquant reste son rôle clé dans la remontée du Stade de Reims en Ligue 1, suivie d’un maintien solide. À Grenoble, il réalise un exploit rare : deux montées consécutives, du National 2 à la Ligue 2 en deux saisons.
Guégan, c’est aussi un détecteur de talents. Plus de vingt joueurs lancés chez les professionnels, dont Lucas Chevalier, aujourd’hui gardien de l’équipe de France, ou Ismaël Doukouré. Son lien avec le Togo est réel : il a contribué à l’éclosion de joueurs d’origine togolaise comme Lilian Brassier, Marvin Senaya ou Eliezer Mayenda.
Selon le média afrikdepêche, il apporte également une innovation majeure : une Plateforme Performance, outil moderne d’analyse et d’optimisation de la préparation, qu’il propose de mettre au service de la sélection.
Olivier Guégan se distingue par sa capacité reconnue à bâtir des projets sportifs structurés, fondés sur la rigueur, l’organisation collective et la progression méthodique des effectifs. Son expérience dans toutes les divisions majeures françaises témoigne d’une maîtrise complète des processus de montée en puissance d’un groupe, ainsi que d’un savoir-faire avéré dans le développement et la valorisation des jeunes talents.
Sa connaissance du vivier binational, notamment des joueurs d’origine togolaise évoluant en Europe, représente un levier stratégique pour élargir et renforcer la base de sélection. Son approche moderne du football, intégrant l’analyse de la performance, la préparation athlétique et les outils technologiques, pourrait insuffler une dynamique nouvelle et durable à la sélection nationale.
Toutefois, son profil comporte une zone d’ombre non négligeable : l’absence totale d’expérience en Afrique. Le football africain, avec ses contraintes logistiques, ses spécificités culturelles et ses réalités institutionnelles, exige une capacité d’adaptation rapide que Guégan devra démontrer.
Cette phase d’acclimatation pourrait entrer en contradiction avec l’exigence de résultats immédiats qui entoure la sélection togolaise. Si son projet apparaît solide et cohérent sur le papier, il reste à éprouver sa capacité à le traduire efficacement dans un environnement qu’il découvrira pour la première fois.
Le choix entre Hubert Velud et Olivier Guégan dépasse le cadre sportif. Il engage une philosophie, une temporalité, une vision du football togolais. Velud rassure par l’expérience et la connaissance du terrain. Guégan séduit par la méthode et la projection vers l’avenir. Au fond, la vraie question n’est peut-être pas qui est le meilleur entraîneur, mais quel Épervier la FTF veut voir voler demain : celui de la mémoire et de l’urgence, ou celui de la construction et de la patience. Le choix sera lourd de sens et d’histoire.







