Entre droit, engagement social et responsabilité politique, Raymonde Kayi Lawson Boe-Allah incarne une figure de leadership féminin ancrée dans l’action. Son parcours raconte l’histoire d’une femme qui a fait de son influence un levier concret de transformation sociale. Avant d’être une figure politique et sociale, Maître Raymonde Kayi Lawson Boe-Allah est d’abord le produit d’un parcours académique exigeant, façonné entre le Togo et la France. Une trajectoire qui révèle très tôt une rigueur intellectuelle et une capacité d’adaptation qui marqueront toute sa carrière.
Son histoire scolaire commence à Lomé, à l’école Marina, située non loin du Palais de justice. Un environnement qui, avec le recul, semble presque annoncer son orientation future vers le droit. Elle poursuit ensuite son parcours à l’école Montaigne de Kodjoviakopé, où elle obtient son CEPD, puis au collège protestant pour ses premières années du secondaire.
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Mais à l’âge de 11 ans, sa trajectoire prend un tournant décisif. Ses parents font le choix
de l’envoyer en France, où elle rejoint ses sœurs pour poursuivre ses études. Elle intègre alors le Complexe scolaire international de Valbonne, un établissement cosmopolite accueillant des élèves de diverses nationalités, notamment des enfants d’expatriés. De 1980 à 1986, elle y vit en internat. Une expérience formatrice qui dépasse le cadre académique. Elle y développe un sens de l’autonomie, une ouverture culturelle et une capacité à évoluer dans des environnements multiculturels. Des atouts qui, plus tard, renforceront sa capacité à naviguer entre différents univers professionnels et institutionnels.
Après l’obtention de son baccalauréat au collège Notre-Dame de l’Assomption à Paris, elle choisit de s’orienter vers le droit. Elle rejoint l’Université Paris-Nanterre, où elle se spécialise en droit privé, avant de poursuivre avec un DESS en notariat. Ce choix n’est pas anodin. Le notariat est une profession exigeante, qui repose sur la précision, la confidentialité et une responsabilité constante vis-à-vis des citoyens. C’est aussi un métier qui place le juriste au cœur des réalités sociales, en l’amenant à accompagner les individus dans des moments clés de leur vie.
De retour au Togo, elle prête serment devant la Cour d’appel de Lomé en l’an 2000 et ouvre son étude notariale. Plus de vingt-six ans plus tard, elle exerce toujours cette profession avec la même exigence. Être notaire, pour elle, n’est pas seulement un métier : c’est une mission de confiance et de responsabilité.
Des racines fortes, une sensibilité sociale héritée
Si son parcours académique est structurant, son engagement prend aussi racine dans son histoire familiale. Raymonde Kayi Lawson Boe-Allah appartient à une lignée où l’influence sociale et économique s’est toujours exprimée avec force. Sa grand-mère, Madame Sewa Ahiakpor Manavi, figure parmi les premières Nana-Benz du Togo. Ces femmes d’affaires emblématiques ont marqué l’histoire économique du pays en imposant leur leadership dans le commerce du pagne wax. Elles incarnaient une forme d’indépendance économique et d’autorité sociale à une époque où peu de femmes occupaient de telles positions. « Je pense que j’ai dû hériter un peu de ce caractère », confie-t-elle avec simplicité.
Mais au-delà de cette figure emblé matique, c’est surtout l’éducation reçue de ses parents qui façonne sa vision du monde. Son père, décrit comme un homme généreux, et sa mère, fortement impliquée dans les actions sociales, lui transmettent très tôt le sens du partage et de la solidarité.
Ce double héritage, l’esprit d’entreprise et l’engagement social, constitue le socle de son parcours. Chez elle, la réussite individuelle ne peut être dissociée de l’utilité collective. Cette conviction guidera chacune de ses décisions, qu’elles soient professionnelles, sociales ou politiques.
Du social à la politique :une trajectoire naturelle
L’entrée de Raymonde Kayi Lawson en politique ne relève pas d’une ambition soudaine, mais d’un prolongement logique de son engagement social. Tout commence au sein de la
communauté chrétienne, où elle s’implique activement dans des actions sociales. Très vite, elle comprend que les problématiques qu’elle rencontre sur le terrain dépassent le cadre de l’assistance ponctuelle. « On ne peut pas faire du social sans faire de la politique », affirme-t-elle.
Cette prise de conscience marque un tournant. En 2012, elle est sollicitée pour porter des actions sociales à travers une association appelée Convention des Femmes pour Unir. Cette mission la place au cœur des réalités sociales du pays et renforce sa visibilité.
Cinq ans plus tard, en 2017, elle est désignée déléguée nationale du Mouvement des Femmes UNIR (MFU),la structure féminine du parti Union pour la République.
À ce poste, elle coordonne les activités des femmes du parti sur l’ensemble du territoire national. Cette responsabilité lui permet de structurer son action à une échelle nationale et de travailler directement sur les questions liées à la participation des femmes à la vie politique.
En 2018, elle franchit une nouvelle étape en étant élue députée dans le Grand Lomé. Aujourd’hui, elle entame son deuxième mandat, cette fois comme députée du Golfe.
Pour elle, la fonction de député dépasse la simple représentation locale. « Nous sommes députés de la nation», rappelle-t-elle. Son rôle consiste à participer à l’élaboration des lois, à contrôler l’action du gouvernement et à relayer les préoccupations des populations.
Elle se positionne comme une interface entre les citoyens et les institutions, attentive aux préoccupations des femmes, des enfants et des populations vulnérables.
Autonomisation des femmes :un combat au cœur de l’engagement de Raymonde Kayi Lawson
S’il y a un fil rouge dans le parcours de Raymonde Kayi Lawson Boe-Allah, c’est bien son engagement en faveur des femmes. Pour elle, aucune société ne peut se développer durablement sans une pleine participation des femmes. « La femme bâtit la société »,
affirme-t-elle.
Mais cette contribution reste souvent sous-estimée. Pour qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle, les femmes doivent disposer de moyens, notamment économiques.
C’est dans cette logique qu’elle multiplie les initiatives concrètes. Son engagement se traduit par des actions de terrain : sensibilisation au don de sang, soutien aux orphelinats,
accompagnement des femmes vivant avec le VIH, ou encore actions de solidarité auprès des populations vulnérables.
Parmi ses combats récents, la lutte contre le cancer du sein occupe une place importante. Elle insiste sur l’importance du dépistage précoce, particulièrement dans les contextes
où l’accès aux soins reste limité. Pour structurer ses actions, Mme Raymonde Kayi rejoint le Groupement des Femmes Vaillantes et Dynamiques du Grand-Lomé (GFVD-GL), créé le 5 mars 2023. Cette organisation dont elle est la presidente d’honneur, œuvre pour l’autonomisation économique des femmes à travers des formations en Activités Génératrices de Revenus (AGR).
Fabrication de savon, confection de sacs, production de baumes ou d’huiles : les formations proposées permettent aux bénéficiaires d’acquérir des compétences concrètes.
Avec près de 700 membres, dont 350 adhérentes actives, le groupement accompagne les femmes vers l’entrepreneuriat et leur offre des opportunités de visibilité lors de foires commerciales.
Au-delà des chiffres, l’objectif est clair : permettre aux femmes de sortir de la précarité et de devenir actrices de leur propre développement.
Leadership féminin : défis, réalités et vision d’avenir
Être une femme leader au Togo reste un défi quotidien. Raymonde Kayi Lawson ne cherche pas à édulcorer la réalité. « Être femme, c’est difficile », affirme-t-elle sans détour. Les obstacles sont multiples : harcèlement professionnel, résistances sociales, manque de soutien, voire opposition au sein des familles. Dans certains cas, des hommes hésitent encore à soutenir l’engagement politique de leurs épouses.
Ces réalités contribuent au faible nombre de femmes candidates à certaines fonctions politiques. Toutefois, elle reconnaît que des avancées importantes ont été réalisées grâce
à des politiques favorables à la promotion des femmes. Mais pour elle, la bataille est loin d’être gagnée. Sa vision du leadership féminin repose sur un principe fondamental :
la complémentarité. Il ne s’agit pas d’opposer les femmes aux hommes, mais de construire une dynamique collaborative.
Elle insiste également sur la nécessité de renforcer la solidarité entrefemmes, qu’elle considère comme encore perfectible. À l’endroit des jeunes filles togolaises, Raymonde Kayi Lawson adresse un message clair : croire en ses capacités. Elle encourage les jeunes à poursuivre leurs études ou à se tourner vers l’entrepreneuriat, qu’elle considère comme un moteur essentiel du développement.
Dans un monde en mutation, marqué par les transformations technologiques
et l’essor de l’intelligence artificielle, l’autonomie économique devient un enjeu majeur.
Mais elle insiste également sur une valeur fondamentale : la dignité. « Réussir ne doit jamais signifier se compromettre », rappelle-t-elle.
Enfin, elle appelle à davantage de solidarité entre femmes, conditionessentielle
pour renforcer leur influence dans la société. Au fil de son parcours, Raymonde Kayi Lawson Boe-Allah a construit bien plus qu’une carrière. Elle a dessiné une trajectoire
où chaque étape prolonge un même engagement : servir.
Son histoire rappelle que le leadership ne se mesure pas uniquement aux fonctions occupées, mais à la capacité de transformer les réalités sociales. Une trajectoire qui, au
delà de l’individu, incarne une vision : celle d’une société où les femmes occupent pleinement leur place dans la construction du développement.







