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Climat: Où est passé l’harmattan?

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Climat: Où est passé l'harmattan?

En janvier, Lomé devrait tousser sous la poussière ocre de l’Harmattan. Les Plateaux, eux, devraient craquer sous le souffle sec venu du Sahara. Mais cette année, c’est un tout autre bruit qui s’impose à l’aube : le clapotis de la pluie sur les tôles. Une scène déroutante, presque irréelle, pour de nombreux Togolais qui voient le calendrier climatique perdre ses repères.

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Ce phénomène, loin d’être anodin, trouble profondément le monde rural, où chaque semis, chaque récolte, dépend de la rigueur des saisons.

Une résistance de la mousson face à l’harmattan

Face à l’inquiétude grandissante, l’Agence nationale de la météorologie (ANAMET) apporte un éclairage scientifique. Selon son Directeur Général, Dr Issaou Latifou, il ne s’agit pas d’une anomalie brutale, mais plutôt d’un rapport de force atmosphérique inhabituel.

« Nous ne sommes pas face à une anomalie, mais plutôt face à un rapport de force
atmosphérique inhabituel entre deux géants : la Mousson et l’Harmattan. », peut-on lire dans le journal la Symphonie.

Habituellement, en cette période, le Front Intertropical (FIT) – zone de rencontre des masses d’air – descend vers le sud, ouvrant la voie à l’air sec saharien. Cette année, la Mousson, chargée d’humidité depuis le Golfe de Guinée, refuse de céder du terrain. Résultat : l’Harmattan est physiquement bloqué.

Un Togo coupé en deux sur le plan climatique

L’analyse de l’ANAMET met en évidence une fracture nette du territoire national. Dans les régions des Savanes et par endroits dans la Kara, l’Harmattan joue son rôle classique : air sec, nuits fraîches, visibilité réduite par la poussière saharienne.

À l’inverse, la région Maritime et les Plateaux restent sous perfusion de vents humides venus du sud. « C’est cette situation qui explique les pluies observées depuis décembre », précise le Dr Latifou au micro d’Agridigitale.

Vers un hivernage sans poussière au Sud ?

Les projections météorologiques n’annoncent aucun changement radical à court terme. L’Harmattan, affaibli dans la moitié sud du pays, pourrait apparaître brièvement… avant d’être repoussé. En cause : les températures de surface du Golfe de Guinée, qui renforcent la Mousson. « Même s’il devait apparaître, ce serait de très courte durée », avertit le patron de l’ANAMET.

Pour les agriculteurs, cette variabilité climatique est une épée à double tranchant. Les cultures maraîchères peuvent en tirer profit. Mais le séchage des céréales devient problématique. Ce qui favorisera les moisissures, les parasites et pertes post-récoltes.

Ce dérèglement souligne une évidence désormais incontournable : l’adaptation climatique n’est plus une option. Le recours aux données météorologiques, à l’anticipation et à la diversification agricole devient vital.

Ce mois de janvier pluvieux n’est pas qu’une curiosité météorologique. Il est le symptôme d’un climat togolais aux frontières saisonnières de plus en plus poreuses. Un avertissement silencieux, mais clair, pour un pays dont l’économie reste intimement liée à la terre… et au ciel.

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