Pendant des décennies, le football au Togo a vécu dans une contradiction permanente : une passion populaire immense, mais une organisation fragile. Des talents bruts, parfois géniaux, mais peu protégés. Des clubs historiques, mais économiquement vulnérables. Ce jeudi 8 janvier 2026, avec la création officielle de la Ligue de Football Professionnel du Togo (LFPT) par la Fédération Togolaise de Football (FTF), une décision importante a été prise. Il faut cesser de survivre, pour enfin se structurer.
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Au-delà de l’acte administratif posé à Kégué, c’est une vision claire qui s’impose : le football togolais ne peut plus être géré comme un loisir, mais comme un secteur économique, social et culturel à part entière.
Avantages d’une ligue professionnelle au Togo
Dans les pays où le football progresse durablement, une constante revient : l’existence d’une Ligue professionnelle forte, autonome et crédible. La LFPT vient répondre à plusieurs failles historiques du football togolais.
Structurer les clubs
Une Ligue professionnelle impose des standards : comptabilité claire, gouvernance interne, contrats formels, obligation de formation etc… Les clubs ne sont plus de simples équipes du week-end, mais des entités organisées, capables de planifier, d’investir et de se projeter.
Protéger les joueurs
Avec la professionnalisation, le joueur devient un travailleur du sport : contrat, salaire, suivi médical, carrière encadrée. Moins d’improvisation, plus de stabilité. C’est aussi la fin progressive de l’exode précoce et mal préparé vers l’étranger.
Valoriser le championnat national
Un championnat géré par une Ligue professionnelle devient un produit : calendrier lisible, compétitions attractives, visibilité médiatique, marketing. Cela attire sponsors, diffuseurs, partenaires et redonne envie au public de revenir au stade.
Un moteur économique encore sous-exploité
La LFPT peut devenir un levier économique puissant. Autour du football gravitent des emplois directs et indirects : communication, sécurité, transport, restauration, médias, équipementiers, marketing sportif. Dans un pays jeune comme le Togo, le football peut devenir un créateur d’opportunités, à condition d’être structuré.
La professionnalisation ouvre aussi la voie à : des droits TV mieux négociés, des partenariats privés durables, une meilleure attractivité pour les investisseurs locaux et étrangers.
Une gouvernance nouvelle
La nomination de Me Wilson Bahun Têtê à la tête de la phase transitoire de la LFPT s’inscrit dans cette logique de rigueur. Juriste, membre du Comité Exécutif de la FTF et pilier du processus de professionnalisation depuis 2022, il incarne la volonté d’installer un modèle durable, conforme aux standards internationaux.
Comme l’a souligné le président de la FTF, le Colonel Guy Kossi Akpovy, la Ligue ne réussira que si elle devient une œuvre collective au Togo. Clubs, dirigeants, joueurs, État, médias et supporters sont désormais comptables de ce nouveau chapitre.
Un changement de mentalité avant tout
Mais la LFPT ne fera pas de miracles sans une transformation profonde des mentalités. La professionnalisation exige discipline, transparence, patience et exigence. Elle impose de rompre avec certaines habitudes, d’accepter le contrôle, la concurrence et la performance.
La Ligue professionnelle est une opportunité historique. Elle peut révéler le potentiel du football togolais… ou exposer ses résistances.
Alors, au moment où le coup d’envoi de cette nouvelle ère est donné, une seule question mérite d’être posée, sans détour : Le Togo est-il réellement prêt à vivre pleinement le football professionnel ?







