Le football au Togo est à un tournant décisif. Derrière les communiqués feutrés et les silences institutionnels, une réalité crue s’impose : les sélections nationales, toutes catégories confondues, peinent à exister sur la scène continentale. Résultats insuffisants, projets techniques sans souffle, absence de continuité… En ce début d’année, la Fédération Togolaise de Football (FTF) semble décidée à frapper fort. Le limogeage de Nibombé Daré n’en serait que le prélude.
Depuis plusieurs années, le football togolais avance sans véritable cap clair. Les performances des Éperviers A, tout comme celles des équipes de jeunes et des sélections féminines, peinent à convaincre. Les qualifications manquées, les éliminations précoces et l’absence de progression visible nourrissent une frustration grandissante chez les supporters, les observateurs et même au sein des instances.
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Selon nos informations, la FTF attribuerait cette situation à l’inefficacité de certains staffs techniques, jugés incapables d’impulser une dynamique compétitive durable. Un constat sévère, mais assumé FTF.
Nibombé Daré, un limogeage révélateur
Le départ de Nibombé Daré s’inscrit dans cette logique de remise en question. Ancien international respecté, son passage à la tête d’une sélection symbolisait un pari sur l’expérience locale. Mais le football moderne ne se nourrit plus uniquement de symboles. Il exige méthode, rigueur, vision et résultats mesurables.
Son limogeage, loin d’être un acte isolé, ouvre la voie à une vague de décisions similaires. Une note officielle mettant fin aux fonctions de plusieurs membres de staffs serait actuellement en préparation au sein de la FTF.
Des sélections en difficulté, toutes catégories confondues au Togo
Les staffs concernés couvrent un large spectre du football national : Kader Coubadja avec les locaux, Ametokodo Mensah King chez les U-20, Maurice Noutsoudjè à la tête des U-17, Kaï Tomety avec la sélection féminine.
Un fait troublant renforce le malaise. Certains techniciens auraient cessé de se rendre au Trésor public pour percevoir leurs salaires, signe d’un climat interne déjà fragilisé, voire d’une rupture silencieuse entre la FTF et ses propres acteurs.
Aller au-delà du changement d’hommes
Si la FTF veut véritablement redresser la barre, le simple remplacement des entraîneurs ne suffira pas. Le problème est plus structurel. Les véritables défis à relever sont: la mise en place d’un projet technique national cohérent, l’articulation entre football de base, les centres de formation et élite, un manque d’indicateurs clairs d’évaluation des performances et de la préparation mentale et physique moderne.
Pour sortir durablement de la crise, la FTF gagnerait à :
-Définir une philosophie de jeu nationale, applicable à toutes les sélections
-Recruter des staffs sur la base de compétences mesurables, pas uniquement de notoriété
-Renforcer la formation continue des entraîneurs locaux
-Créer une cellule d’analyse et de performance indépendante
-Imposer des contrats-objectifs clairs, avec obligation de résultats et d’évolution de jeu
-Miser sur la stabilité, en évitant les changements précipités sans vision long terme
Le remaniement annoncé peut devenir un électrochoc salutaire, à condition qu’il s’inscrive dans une réforme profonde et sincère. Le football togolais dispose de talents, d’une jeunesse passionnée et d’un public exigeant. Il lui manque désormais une direction sportive audacieuse et lucide.
La balle est désormais dans le camp de la FTF. Changer, oui, mais de manière ambitieuse.







