Sur un marché de l’emploi de plus en plus compétitif, l’insertion professionnelle des jeunes diplômés constitue un défi majeur au Togo. Entre manque d’expérience, inadéquation entre formation et besoins du marché, et exigences croissantes des recruteurs, les primo demandeurs d’emploi se retrouvent souvent confrontés à de nombreuses incertitudes. Pourtant, au-delà des diplômes, ce sont aussi les comportements, les attitudes et les initiatives personnelles qui peuvent faire la différence dans un parcours d’insertion réussi.
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Dans ce contexte, l’accompagnement et les orientations stratégiques jouent un rôle essentiel. Président de Conseils Réunis, une société de prestation en matière de ressources humaines et de placement, Expert en Organisation et Management des Ressources Humaines, membre de l’Ordre des Conseillers en Ressources Humaines Agréé (CRHA) du Québec (CANADA) et de l’Association Togolaise des Gestionnaires des Humaines (ATGRH), et surtout premier Directeur Général de l’Agence Nationale Pour Emploi (ANPE) de 2010 à 2020, M. Comlan Edmond AMOUSSOU dispose d’un regard éclairé sur les réalités du marché du travail togolais et les attentes des employeurs.
À travers cet entretien, il partage son expertise afin d’aider les jeunes à mieux se positionner, à développer les bons réflexes et à maximiser leurs chances d’accéder à une première opportunité professionnelle.
Comment décririez-vous aujourd’hui la situation du marché de l’emploi au Togo pour les primo demandeurs ?
Aujourd’hui, la situation du marché de l’emploi au Togo pour les primo-demandeurs apparaît globalement difficile et contrastée. Bien que les statistiques officielles indiquent un faible taux de chômage, cette réalité masque une forte précarité, marquée par le sous-emploi et la domination du secteur informel.
Les jeunes, notamment les nouveaux diplômés, peinent à s’insérer professionnellement en raison du manque d’expérience exigé par les employeurs et de l’inadéquation entre les formations reçues et les besoins du marché. Le marché ne les absorbe pas, en partie parce que l’anticipation des besoins en compétences reste insuffisante : l’économie, qu’elle soit publique ou privée, n’a pas toujours clairement identifié les types d’emplois nécessaires pour orienter efficacement les jeunes vers les formations adaptées. En conséquence, beaucoup se tournent vers des activités informelles ou l’auto-emploi, souvent sans garanties de stabilité.
Malgré les efforts de l’État à travers certains programmes d’insertion, les opportunités restent limitées face au nombre croissant de demandeurs, ce qui rend l’accès à un emploi décent encore difficile pour la majorité des primo-demandeurs.
L’Enquête Régionale Intégrée sur l’Emploi et le Secteur Informel (ERI-ESI 2017) fournit les principales données officielles sur le chômage et le sous-emploi au Togo :
- Taux de chômage : ≈ 3,9 %
- Sous-emploi / sous-utilisation de la main-d’œuvre : ≈ 25,6 %
- Emplois informels : ≈ 87,9 %
Par ailleurs, l’économie togolaise repose en grande partie sur le secteur des services, notamment le port, l’aéroport, les banques et d’autres activités connexes, alors que près des deux tiers de la main-d’œuvre travaillent dans l’agriculture. Ce secteur représente plus de 40 % du PIB, mais reste peu mécanisé. Malgré les efforts du gouvernement, le tissu industriel demeure limité, ce qui freine le développement économique global. En conséquence, la valeur ajoutée en matière d’emploi et de productivité reste insuffisante.
Quelles sont, selon vous, les principales difficultés auxquelles font face les jeunes à la recherche de leur premier emploi ?
Les jeunes à la recherche de leur premier emploi sont confrontés à des difficultés majeures qui freinent leur insertion professionnelle. L’inadéquation entre la formation reçue et les besoins du marché du travail rend certains profils peu adaptés aux offres disponibles. Le manque d’expérience, souvent exigée par les employeurs, limite leurs chances d’être recrutés. Les formations sont très théoriques. La rareté des emplois formels pousse de nombreux jeunes vers le secteur informel, caractérisé par la précarité.
Le manque d’accès à l’information et aux réseaux professionnels réduit leurs opportunités. Les contraintes financières, notamment liées aux stages non rémunérés ou aux frais de recherche d’emploi, constituent également un obstacle significatif. L’économie est peu dynamique pour créer durablement des emplois. Le partenariat public/privé signé n’est pas suivi d’actions concrètes sur le marché de l’emploi.
On parle le plus souvent de l’inadéquation formation-emploi. Mais elle ne représente, avec la plupart des difficultés, que 30 % du problème. Le vrai défi est le dynamisme économique. Parce que, quand l’économie est très dynamique, même si vous n’avez pas été à l’école, vous pouvez travailler dans les BTP, vous pouvez être formés en une ou deux semaines et opérer pour un temps donné si l’économie est dynamique. C’est ce dynamisme que les différents programmes, dont la Feuille de route gouvernementale, visent à stimuler. Mais l’environnement international impacte négativement tous ces investissements du gouvernement.
Comment un jeune peut-il se démarquer dans un contexte où de nombreux profils se ressemblent ?
Pour se démarquer dans un contexte où de nombreux profils se ressemblent, un jeune doit aller à l’essentiel. D’abord, développer des compétences pratiques et complémentaires au diplôme, notamment dans le numérique ou les langues. Ensuite, acquérir une première expérience à travers des stages, du bénévolat ou des projets personnels.
Il est aussi important d’adopter une attitude professionnelle, en faisant preuve de motivation, d’adaptabilité et de sérieux. Par ailleurs, soigner sa présentation (CV, entretien) constitue un atout non négligeable. Enfin, construire un réseau professionnel permet d’accéder à davantage d’opportunités et d’augmenter ses chances d’insertion.
Quelle importance accordez-vous à la présentation de soi (CV, lettre de motivation, attitude en entretien)
La présentation de soi est très importante dans la recherche d’un emploi, car elle constitue la première impression que le recruteur se fait du candidat. Un CV bien structuré permet de présenter clairement les compétences et les expériences.
La lettre de motivation exprime l’intérêt du candidat pour le poste et sa capacité à se démarquer. Elle est un document écrit que le candidat envoie en complément de son CV lors d’une candidature à un emploi, un stage ou une formation. Elle permet d’expliquer pourquoi le candidat postule à un poste précis, de montrer son intérêt pour l’entreprise et de mettre en avant ses compétences et qualités en lien avec le poste. Contrairement au CV, qui est factuel et synthétique, la lettre de motivation est plus personnelle et permet de convaincre le recruteur que le candidat est adapté au poste.
En entretien, l’attitude est également déterminante, car elle reflète la motivation, la confiance en soi et le professionnalisme. Ainsi, une bonne présentation de soi peut fortement influencer la décision de recrutement, surtout lorsque les profils sont similaires. Il existe des techniques qu’enseignent les cabinets et les institutions pour bien présenter son CV et se présenter en entretien d’embauche.
Il existe aussi une façon psychologique de se préparer pour ne pas être victime de tics lors des entretiens. Par exemple, quelqu’un qui plonge régulièrement le doigt dans le nez, et qui n’a pas maîtrisé ce tic, aura des difficultés en entretien. Il y a aussi des personnes chez qui, lorsqu’elles parlent beaucoup, de la salive peut apparaître au coin de la bouche. De temps en temps, il faut prendre un mouchoir et se nettoyer. Ce sont de petites astuces qu’enseignent des institutions comme Agence nationale pour l’emploi et Agence nationale du volontariat au Togo pour préparer les jeunes.
Les compétences comportementales (soft skills) sont-elles aujourd’hui aussi importantes que les compétences techniques
Il y a deux aspects que tout jeune qui aborde le marché du travail doit considérer pour avoir les meilleures chances de son côté. Il y a le CV lui-même, c’est-à-dire la connaissance qu’on acquiert à l’université. Aujourd’hui, on peut, avec Internet et l’intelligence artificielle, mettre à jour ces connaissances. Ce que les recruteurs cherchent, c’est quelqu’un qui connaît un peu la matière, qui a un peu d’expérience, mais au-delà, ils recherchent encore plus l’humain.
C’est-à-dire le candidat qui possède l’autre partie des compétences qu’on appelle les soft skills, ou compétences légères. Est-ce que vous avez de l’empathie ? Est-ce que, lorsque l’on vous met dans une équipe, vous êtes capable de ne pas créer de conflits ? Il existe une quarantaine de soft skills sur lesquelles le jeune doit travailler. Est-ce qu’il sait parler en public ? Est-ce qu’il sait prendre la parole ?
Ces compétences, on les acquiert dès la maison. Quand on est jeune, nos mamans nous disent de ne pas voler la tête du poisson ou la viande dans la marmite. Ce sont des valeurs qui sont vraiment importantes en entreprise. Si un jour on vous confie la caisse d’une société, ou si on vous met magasinier, la tentation peut être grande si vous avez pris de mauvaises habitudes depuis la maison. Donc ces éléments, on les acquiert dans le parcours de vie.
Ces compétences sont aussi enseignées aujourd’hui, notamment dans les associations. Intégrez des associations comme la jeunesse du Rotary, Toastmasters ou même les partis politiques. Dans ces milieux, il faut être dynamique. On vous dit qu’un meeting va être organisé : intéressez-vous, apprenez à mettre les banderoles, à préparer les rencontres ; tout cela compte dans la vie. L’église est également un bon milieu pour apprendre. Vous êtes dans la chorale, vous êtes secrétaire, vous êtes trésorier ou bien chargé de l’organisation dans la paroisse. Et même au village, il faut être actif dans les associations du village, du quartier, les CDQ et autres.
Dans les entretiens d’embauche, nous regardons le parcours du jeune homme ou de la jeune fille pour voir s’il n’est pas “sauvage”, dans le sens où il ne connaît que les papiers. Au-delà des questions pour tester ses connaissances, nous regardons aussi l’autre partie de l’humain que nous avons en face de nous. Ces compétences sont toujours nécessaires, même après avoir obtenu un emploi, pour gravir les échelons.
Les employeurs cherchent non pas des employés qui répondent comme dans l’armée, en étant au garde-à-vous, non. Ils recherchent des personnes qui, même en étant disciplinées, sont intelligentes et capables d’apporter une valeur ajoutée à leur poste.
Comment un primo demandeur peut-il identifier ses points forts et ses axes d’amélioration ?
Un primo-demandeur peut identifier ses points forts et ses axes d’amélioration en procédant à une analyse rigoureuse de ses compétences, de son parcours et de ses aptitudes personnelles.
Cette démarche peut s’appuyer sur l’examen de ses réalisations académiques ou pratiques afin de dégager ses atouts, mais aussi sur les retours d’encadreurs ou de pairs, utiles pour objectiver son profil. Par ailleurs, la confrontation aux exigences du marché du travail, à travers l’étude des offres d’emploi ou des expériences de stage, permet de mieux cerner les compétences à consolider.
Est-il pertinent pour un jeune d’accepter des emplois en dehors de son domaine de formation au début de sa carrière ?
Oui, définitivement oui. Je vais vous raconter quelques anecdotes. Quand je dirigeais l’ANPE, nous avons envoyé une jeune femme, nantie d’un BTS, dans un hôtel. Dans les hôtels, avant de devenir directeur, on commence par le bas. Vous savez comment ils tiennent les plateaux, en équilibriste ! Vous devez apprendre à le faire. Vous devez être capable de servir les gens. Quelqu’un qui est au bar et qui veut boire, si vous passez par là, vous devez le servir. La jeune femme a dit : moi, j’ai un BTS, comment est-ce que je vais aller servir les gens ? Elle a quitté ce poste.
Par contre, nous avons eu une autre jeune dame qui a suivi une formation hôtelière et touristique au Maroc. Quand l’ANPE l’a également envoyée en stage dans le service hôtelier, elle est passée dans les chambres, a dressé les lits, servi les gens. Au bout de l’année de stage, elle a été embauchée comme directrice des étages.
Oui, toute opportunité d’emploi est bonne. Moi-même qui vous parle, j’ai eu à faire plusieurs travaux pendant mes années d’études. Cela m’a permis d’acquérir certaines aptitudes. Lorsque vous avez l’opportunité de rendre service, vous acquérez des compétences qui peuvent servir. Vous avez une maîtrise en anthropologie et vous avez l’opportunité de travailler dans un magasin, allez-y. Vous allez acquérir une compétence qui donnera plus de poids à votre CV.
Donc, aucun emploi n’est à rejeter, sauf s’il est dégradant. Je vois des jeunes de plus en plus dans ces équipes de sécurité. Les gens le font en Europe pour gagner un peu d’argent. Aujourd’hui, à l’aéroport, dans les grands espaces, on voit des jeunes qui le font pendant un temps. La réponse est donc claire : il faut refuser uniquement si le métier est dégradant. Si on vous demande de faire quelque chose qui nuit à votre santé ou à votre équilibre mental, il faut refuser.
On ne va pas vous demander de devenir contremaître sur un chantier de production si vous n’êtes pas ingénieur, on ne va pas vous demander cela. Donc, ce qui est à peu près dans votre domaine, et même au-delà, il faut regarder et accepter, à mon avis.
Quelles initiatives personnelles recommanderiez-vous aux jeunes pour augmenter leurs chances (auto formation, entrepreneuriat, réseautage, etc.)
Pour renforcer leurs chances d’insertion, les jeunes doivent privilégier l’autoformation, s’initier à l’entrepreneuriat, développer leur réseau professionnel et s’impliquer dans des stages ou projets pratiques afin de valoriser leurs compétences.
Quel rôle jouent les structures comme l’ANPE dans l’accompagnement des primo demandeurs d’emploi ? En existe-t-il d’autres ?
Sur le marché du travail, il y a plusieurs acteurs. Le demandeur d’emploi, c’est lui qui vend sa force physique, intellectuelle, psychologique et ses compétences. Et puis, on a les entreprises qui font la demande de main-d’œuvre. Ce sont deux acteurs majeurs. Et cette transaction est gouvernée par les lois. Les États, de leur côté, mettent en place des institutions qui interviennent entre ces deux acteurs pour assurer des missions d’orientation, d’intermédiation sur le marché du travail, ainsi que de mise en relation avec les employeurs.
Donc, l’ANPE est un opérateur principal sur le marché du travail. Les lois prévoient ce mécanisme. D’ailleurs, le gouvernement a mis en place un certain nombre de programmes que l’ANPE pilote, notamment le programme AIDE, pour permettre aux primo-demandeurs d’emploi de trouver des stages. Ainsi, un jeune qui sort de l’école doit obligatoirement, selon son quartier ou sa ville, se présenter au conseiller en place de l’ANPE. Il va vous recevoir et vous établir au moins la carte de demandeur d’emploi.
C’est la première offre. Ensuite, il va vous demander de revenir pour vous aider à maîtriser les techniques pour faire les CV et les lettres de motivation. Comment allez-vous cibler les entreprises ? Car il existe une technique de ciblage : vous n’allez pas écrire à toutes les entreprises du Togo, vous ciblez. Comment lire la presse ? La presse électronique notamment, car la plupart des emplois disponibles sont aujourd’hui en ligne. Comment s’inscrire sur les sites d’emploi ? Et, lorsqu’il y a des annonces, comment réagir ? L’ANPE est là pour cela, en dehors des programmes.
Par ailleurs, d’autres institutions complètent ce dispositif, notamment l’Agence nationale du volontariat au Togo. Elle a pour mission de faciliter l’engagement citoyen des jeunes et des adultes à travers des programmes de volontariat, en vue de renforcer leur employabilité, de favoriser leur insertion socioprofessionnelle et de contribuer au développement local.
Sur le plan entrepreneurial, vous avez le Fonds d’appui aux initiatives économiques des jeunes (FAIEJ), dédié à l’accompagnement des jeunes dans la création d’activités génératrices de revenus. Vous avez aussi l’Agence nationale de promotion et de garantie de financement des PME/PMI (ANPGF), qui favorise l’accès au financement des initiatives entrepreneuriales.
Il existe donc une panoplie de mécanismes et de structures, auxquelles s’ajoutent diverses organisations non gouvernementales, des incubateurs et des centres de formation, qui participent également au renforcement des capacités et à l’insertion professionnelle des jeunes.
Souvent, les jeunes disent : « Mais ces structures-là, si j’y vais, elles ne vont pas me trouver un emploi. » Il faut retenir ceci : on ne trouve pas un emploi à quelqu’un, on l’accompagne à en trouver. Celui qui est concerné au premier chef, c’est le demandeur d’emploi.
Imaginez un jeune qui veut approcher une fille et lui faire la cour. De façon régulière, il entre en relation avec elle, puis cette relation évolue vers la dot, sous la surveillance des parents et de la société, et ainsi de suite. Est-ce que les parents sont présents lorsque le jeune homme courtise la jeune fille ? C’est la même chose en matière d’emploi.
C’est le jeune lui-même qui doit faire les démarches, même s’il y a les parents. Les statistiques indiquent que, sur 10 personnes qui trouvent un emploi, il y en a à peu près 3 à 5 qui le trouvent grâce aux relations parentales ou de quartier. Mais, pour le reste, tout repose sur le dynamisme et la connaissance du marché.
Ainsi, ces institutions offrent un accompagnement réel, même si les efforts du gouvernement ne permettent pas encore de faire des miracles à 100 %. C’est le jeune homme ou la jeune fille lui-même qui doit être au cœur de la démarche.
L’entrepreneuriat peut-il être une alternative crédible pour les primo demandeurs d’emploi au Togo?
Oui, l’entrepreneuriat constitue une alternative crédible pour les primo-demandeurs d’emploi au Togo, en ce qu’il permet de pallier la rareté des emplois salariés et de favoriser l’auto-insertion professionnelle. Toutefois, son efficacité demeure tributaire de l’accès au financement, des compétences en gestion et d’un accompagnement adéquat, sans lesquels les risques d’échec restent élevés.
En effet, ce n’est pas parce qu’on a longtemps goûté au chômage que l’on peut être quelqu’un qui a du succès dans l’entrepreneuriat. Le processus de l’entrepreneuriat réussi, on l’observe au Togo et dans la sous-région, jusqu’au Maroc ou ailleurs. Vous avez suivi une formation professionnelle, obtenu le BAC ou un BTS. La démarche à faire, c’est de travailler ; chez un parent, ou, si vous trouvez un emploi formel, vous travaillez pendant un temps.
Pendant que vous travaillez, vous allez visualiser de façon concrète comment, vous aussi, à un moment donné, vous pouvez vous rendre autonome. Donc, lorsqu’on travaille pour quelqu’un, il est plus facile d’acquérir l’expérience et les compétences professionnelles nécessaires pour aborder l’entrepreneuriat dans un domaine donné. Imaginez que moi, qui ai vécu tout le temps en ville, je veuille être entrepreneur dans le domaine agricole, alors que je ne maîtrise pas le cycle des cultures… On peut me donner beaucoup d’argent, mais cela peut ne pas marcher.
Une autre voie de l’entrepreneuriat est de devenir entrepreneur au pied du mur, c’est-à-dire dos au mur. Vous n’arrivez pas à obtenir un emploi salarié, alors vous commencez par élaborer un projet. C’est cela, l’agilité. Vous pouvez avoir des idées. Il y a des jeunes qui ont sorti des inventions assez sublimes ici, au pays ou ailleurs, sans être forcément du domaine.
Donc, tout commence par le premier rêve, qui est en couleur. Ce rêve en couleur, vous allez le porter vers des institutions comme le FAIEJ ou d’autres structures au sein des ministères, qui vont vous aider à le clarifier. Elles vous proposent des formations pour vous aider à mettre de l’ordre dans vos idées. Ensuite, elles vous accompagnent pour passer à l’étape de formalisation de ce rêve sous la forme d’un plan d’affaires ou d’un modèle économique. Progressivement, votre projet va se matérialiser ; il n’y a pas que la question de l’argent.
Ce que vous voulez faire comme activité — par exemple devenir agrégateur dans le domaine du manioc ou créer une PME dans ce secteur — nécessite d’aller sur le terrain pour apprendre, chez un parent ou ailleurs. Ensuite, vous structurez votre projet et, progressivement, lorsque vous êtes prêt, celui qui doit vous accorder un prêt, que ce soit une microfinance ou une agence, va observer la relation entre l’homme et le projet.
S’il constate que ce que vous avez écrit, vous le maîtrisez, et que vous avez déjà commencé à petite échelle, quelque part, alors cela peut fonctionner.
Il y a des jeunes qui sont venus me voir en disant qu’ils avaient créé une ONG pour encadrer les agriculteurs dans la zone d’Atakpamé, alors qu’ils ne disposent d’aucun domaine de culture maraîchère où ils auraient déjà réalisé des cultures. Ce sont des entrepreneurs sur le papier.
En revanche, quelqu’un qui veut vraiment réussir peut bénéficier de formations de courte durée, mises à disposition notamment par le gouvernement allemand, avec la GIZ. Certains peuvent être formés, par exemple, à l’apiculture — l’élevage des abeilles pour produire du miel — ou à d’autres activités.
Ainsi, s’il est volontaire, on le forme d’abord sur le terrain. Des jeunes ont été formés à la charcuterie. Le gouvernement a mobilisé des ressources, avec ses partenaires, pour organiser des formations dans des écoles privées. Des cohortes de 50 personnes ont été formées. Ces jeunes ont ensuite créé des activités d’élevage de diverses sortes ou se sont lancés dans le maraîchage.
Il y a, par exemple, un jeune homme titulaire d’une maîtrise en droit. Il a suivi une formation de trois mois à Avépozo, chez les maraîchers. Son père dispose de champs à Zanguera, non loin d’une rivière. Avec un ou deux de ses amis, ils ont monté un projet, et le FAIEJ leur a accordé des ressources. Ils ont ainsi démarré une activité agricole maraîchère.
Donc, il existe des histoires de réussite dans ce domaine, mais il faut être tenace. Entre nous, pour être entrepreneur, il faut être un peu fou. Un homme normal n’est pas entrepreneur. Il cherche un emploi salarié.
Quels conseils donneriez-vous pour construire un projet professionnel clair et cohérent ?
Pour construire un projet professionnel cohérent, il convient d’abord d’engager une analyse rigoureuse de ses compétences, intérêts et aspirations. Il est ensuite nécessaire de confronter ce profil aux réalités du marché de l’emploi afin de définir des objectifs réalistes et pertinents. Enfin, l’élaboration d’un plan d’action structuré, intégrant formation et expériences, permet d’en assurer la mise en œuvre progressive.
Comment un jeune doit il réagir face aux refus ou aux périodes prolongés de recherche d’emploi ?
Face aux refus ou à une longue période de recherche d’emploi, le jeune doit faire preuve de persévérance et de recul. Il est important d’analyser les échecs afin d’en tirer des enseignements et d’améliorer son profil ou ses candidatures. Il doit également diversifier ses démarches et rester actif dans sa recherche. Enfin, le renforcement des compétences, le réseautage et l’accompagnement professionnel constituent des leviers essentiels pour accroître ses chances d’insertion.
Quelle attitude adopter une fois en poste pour sécuriser et faire évoluer sa première opportunité professionnelle ?
Une fois en poste, il convient d’adopter une attitude rigoureuse et professionnelle, fondée sur le sérieux, la discipline et le respect des exigences hiérarchiques. Le jeune professionnel doit également faire preuve d’engagement, de capacité d’adaptation et d’esprit d’initiative afin de s’intégrer durablement dans son environnement de travail. Par ailleurs, une démarche d’apprentissage continu et de perfectionnement des compétences constitue un levier essentiel pour sécuriser son emploi et favoriser son évolution de carrière.
Quand on prend le domaine bancaire, des assurances et autres, un jeune employé peut s’inscrire dans une école de formation bancaire. Lorsqu’il sort du travail le soir, il peut aller suivre des cours pour se perfectionner. Je vois beaucoup de jeunes qui s’inscrivent, malgré le fait que la scolarité est chère ; ils empruntent dans les banques pour payer des cours de master. Lorsque vous commencez à travailler, prenez des cours : si vous avez un BTS, préparez une licence, puis un master. Et lorsque les postes vont se libérer, parce que les personnes avancent en âge et partent à la retraite, vous pourrez évoluer vers un poste plus élevé.
Si vous travaillez dans un autre domaine, arrangez-vous avec vos superviseurs et les ressources humaines pour qu’on vous libère une partie de votre temps afin de suivre des formations. En matière industrielle, il existe un centre de formation aux métiers de l’industrie dans la zone industrielle. Et au niveau de la plateforme de PIA, le gouvernement est en train de mettre en place un centre de formation d’excellence.
De petites opportunités existent ainsi. Quand j’étais à l’ANPE, il y avait des jeunes dames qui avaient juste le bac. Elles sont entrées comme assistantes ou secrétaires, pour taper des lettres. Ensuite, on leur a offert la possibilité de s’inscrire dans des écoles. Nous avons financé une partie, et l’école a accordé une bourse. Celles qui avaient le bac ont ensuite obtenu un BTS, d’autres une licence. Aujourd’hui, elles occupent de meilleurs postes.
Donc, à chaque opportunité, il faut savoir donner soi-même la réponse. S’investir dans son emploi pour se développer. Si, là où vous êtes, il n’y a pas de possibilités, soyez attentifs : vous aurez l’opportunité de migrer ailleurs. Avant, nos pères travaillaient dans une seule entreprise jusqu’à leur retraite. Aujourd’hui, aucun employeur ne garantit la stabilité de l’emploi à vie. La seule chose que vous devez exiger de l’employeur, c’est de garantir un investissement dans votre formation. À ce que vous avez acquis à la base, vous devez ajouter de nouvelles compétences.
Si vous ne trouvez pas d’emploi au Togo, il existe des opportunités dans la sous-région, mais il faut faire attention aux vendeurs de sommeil.
Mais, de façon régulière, l’ANPE a fait migrer une vingtaine de couples au Canada dans le cadre d’un programme officiel piloté par l’ANPE, les ambassades, mais aussi en lien avec le marché canadien. Ainsi, il existe parfois des opportunités dans les domaines techniques pour ceux qui ont investi dans leur métier.
Ce que je dis ne signifie pas que la vie est très, très facile. Elle reste difficile, nous l’observons. Mais il faut garder l’espoir que les choses peuvent s’améliorer.
Si vous aviez un message clé à adresser aux primo demandeurs d’emploi togolais, quel serait-il ?
C’est un mot d’optimisme. L’environnement international et sous-régional est très diffus, très contrasté. Nous sommes dans un pays confronté à des difficultés, avec des ressources consacrées à la sécurité. Lorsqu’on se trouve dans des zones où il y a le djihadisme et d’autres fléaux, avec des actes terroristes et des violences, beaucoup de ressources sont mobilisées pour y faire face.
Mais aujourd’hui, le gouvernement investit dans l’éducation et la formation des jeunes dans le secteur public. Il faut saisir ces opportunités pour avancer. Essentiellement, les parents se saignent pour investir dans l’instruction de leurs enfants. Le jeune doit, en s’investissant, être attentif et ouvert pour saisir les opportunités de son développement. Et là, il peut réussir, même si cela prend du temps.
Pour celui qui chemine, il n’est pas forcément nécessaire de rêver d’aller trouver du travail au Nigéria ou en Europe. Cela devient très difficile. Les lois adoptées en Europe, au Canada et aux États-Unis sont devenues plus strictes. Certains s’endettent pour passer par le désert, au péril de leur vie.
On leur enlève le cœur, on les maltraite. Et quand ils ne meurent pas en mer, ils entrent de façon clandestine dans des pays, avant d’être rapatriés.
Il faut garder l’espoir et continuer. Aujourd’hui, on peut étudier avec les moyens des parents et du gouvernement, sereinement jusqu’à un certain niveau. Ensuite, il faut ajouter d’autres cordes à son arc. Je suis dans cette posture optimiste pour dire, en avançant progressivement, étape par étape, il est possible d’aller loin.

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