Dans les rues animées de Lomé comme dans les recoins plus discrets des petites villes de l’intérieur, un commerce silencieux prospère sous les regards parfois complices, souvent indifférents. Il s’agit bien-sûr de la prostitution.

Mais derrière les néons des bars et les promesses vides murmurées dans le noir, se cache un réseau bien plus structuré, bien plus dangereux. Celui du proxénétisme. Et pourtant, la loi togolaise est formelle. Très formelle sur ce sujet.
Le proxénétisme est un crime
Dans son article 401, le code pénal togolais dresse une définition claire du proxénétisme, loin des clichés romancés ou des discours édulcorés. Il s’agit là d’un crime, pas d’un simple délit. Toute personne qui aide, profite ou pousse quelqu’un à se prostituer tombe sous le coup de la loi. Peu importe les circonstances. Peu importe les justifications.
Cela inclut :
-Ceux qui recrutent ou détournent une personne vers la prostitution,
-Ceux qui protègent, assistent ou financent cette activité,
-Et même ceux qui encaissent ou partagent les gains issus de ce commerce.
Mais le plus surprenant ou le plus méconnu reste sans doute le client lui-même. Dans certaines circonstances, ce dernier peut être puni au même titre que le proxénète.
Des peines lourdes
La loi est claire, mais sur le terrain, son application reste souvent floue. Selon l’article 402, le proxénétisme est passible de 5 à 10 ans de réclusion criminelle et d’une amende allant jusqu’à 20 millions de francs CFA. Une sanction qui pourrait en dissuader plus d’un si elle était systématiquement appliquée.
Lire aussi: Togo/CEET: Des coupures annoncées pour le weekend
La réalité est toute autre. Entre manque de dénonciations, silence social et parfois corruption, de nombreux réseaux continuent d’opérer sans craindre la justice. Pire, certaines victimes deviennent elles-mêmes des proxénètes, piégées dans une spirale infernale où survie rime avec exploitation.
Ce que la loi punit, la société parfois banalise. Il ne s’agit pas seulement d’une question juridique, mais d’un drame humain profond. Derrière chaque acte de proxénétisme, il y a une vie brisée, un rêve étouffé, une dignité piétinée. La lutte contre ce fléau nécessite bien plus que des textes. Elle exige une volonté politique forte, une prise de conscience collective et un accompagnement réel des victimes.
Face à cette réalité, le silence n’est plus une option. Chaque citoyen, chaque institution, chaque journaliste, a un rôle à jouer. Informer, dénoncer, protéger, c’est aussi cela notre mission. Car derrière les lois, il y a des vies. Et derrière chaque article comme celui-ci, l’espoir d’un Togo plus juste, plus humain, plus digne.