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Kara/Pénurie d’eau: l’Etat passe à l’offensive

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Kara/Pénurie d'eau: l'Etat passe à l'offensive

Dans la région de la Kara, l’eau potable est devenue une attente quotidienne, parfois une prière silencieuse. De la Kozah à la Binah, les robinets hésitent, les forages fatiguent et les populations s’adaptent tant bien que mal à une réalité qui dure. En cause, une baisse sensible des volumes d’eau disponibles, accentuée par les effets conjugués du changement climatique et d’une pluviométrie de plus en plus capricieuse. Face à cette urgence sociale et sanitaire, l’État togolais a décidé de ne pas regarder ailleurs.

Depuis plusieurs semaines, l’insuffisance d’accès à l’eau potable frappe durement certaines localités du nord du pays, notamment dans les préfectures de la Kozah et de la Binah. Une situation loin d’être isolée, mais qui prend ici une dimension critique, tant l’eau conditionne la santé publique, l’activité économique et la dignité humaine.

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Selon les autorités, cette pénurie est essentiellement liée à la baisse des ressources hydriques, conséquence directe des mutations climatiques. Moins de pluie, des nappes moins rechargeables, des infrastructures parfois vieillissantes : le cocktail est explosif.

Riposte gouvernementale pour la Kara et la Binah

Pour faire face, le gouvernement togolais a enclenché une riposte à plusieurs niveaux, mêlant actions d’urgence et solutions structurelles. Un comité de crise a été mis en place, tandis qu’une équipe opérationnelle du ministère de l’Eau et de l’Assainissement sillonne actuellement le territoire.

Objectif, identifier, réhabiliter et connecter des forages à fort potentiel dans plusieurs villes stratégiques, notamment Dapaong, Mango, Kara et Datcha.

Devant la Représentation nationale, le mercredi 31 décembre, le ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Kodjo Adedze, accompagné du ministre délégué chargé de l’Eau et de l’Assainissement, Séna Alipui, a détaillé les mesures en cours.

50 forages mobilisés, 14 nouveaux réalisés

Dans les faits, 50 forages équipés de Postes d’Eau Autonomes (PEA) et de Pompes à Motricité Humaine (PMH), présentant des débits jugés satisfaisants, ont été identifiés. Ils font actuellement l’objet de travaux de raccordement au réseau de distribution.

Parallèlement, 14 nouveaux forages ont été réalisés et sont en phase de connexion, pendant que des camions-citernes assurent un renforcement ponctuel de la distribution dans les zones les plus touchées. Une réponse pragmatique, pensée pour soulager immédiatement les ménages.

Au-delà de l’urgence, l’État anticipe. Un vaste projet d’alimentation en eau potable de la ville de Kara et de ses environs est en cours de mise en œuvre. Doté d’un financement global de 25 milliards FCFA, il bénéficie de l’appui du Fonds koweïtien et de la Banque islamique de développement.

Ce projet marque un tournant : celui d’une sécurisation durable de l’accès à l’eau, pensée sur le long terme, au-delà des crises conjoncturelles.

Savanes et Grand Lomé : d’autres fronts, même priorité

La région des Savanes et le Grand Lomé ne sont pas en reste. Dans le nord, 32 bases militaires font l’objet de travaux de desserte en eau potable. Une dizaine de forages est déjà opérationnelle, et l’ensemble des ouvrages devrait être livré d’ici fin janvier, selon Kodjo Adedze.

À cela s’ajoute un projet d’urgence pour Mango et Dapaong, évalué à 4,7 milliards FCFA, ainsi que la poursuite du PND Eau, un programme structurant soutenu par l’Agence française de développement (AFD) et la Banque européenne d’investissement (BEI), pour un coût global d’environ 20 milliards FCFA.

Dans le Grand Lomé, la stratégie repose sur la réhabilitation des infrastructures existantes (12 milliards FCFA) et le renforcement des capacités de production, via la mobilisation des eaux de surface et souterraines, notamment 24 forages dans le cadre du PASH-MUT.

Lors du dernier Conseil des ministres de 2025, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a donné des instructions fermes pour accélérer la mise en œuvre de toutes ces mesures. Un signal politique fort, qui place l’accès à l’eau potable au rang de priorité nationale.

À Kara comme ailleurs, l’eau n’est pas un luxe. Elle est un droit, un indicateur de justice sociale et un test de gouvernance. En engageant des moyens financiers lourds et une réponse coordonnée, l’État togolais tente de transformer une crise en opportunité : celle de bâtir un système d’approvisionnement plus résilient, plus équitable et durable. Reste désormais à tenir le cap… goutte après goutte.

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