Il y a des crimes qui volent bien plus que des biens. Ils volent la paix. Ils volent la mémoire. À Aklobessikopé, dans le village de Dévégo (commune de Golfe 6), l’indicible s’est produit. Des tombes ont été ouvertes, des crânes extraits, des morts arrachés à leur repos.
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Ce qui n’était au départ qu’un murmure s’est transformé en une réalité glaçante. L’arrestation de trafiquants de restes humains a confirmé les pires craintes des habitants.
L’enquête discrète de Togbui Charles Aklobessi-Edoh
Au cœur de cette affaire, un nom revient avec insistance : Togbui Charles Aklobessi-Edoh, chef traditionnel d’Aklobessikopé.
Alerté par plusieurs riverains, il décide d’agir. Pas de tapage, pas d’annonce publique. Une enquête menée dans la discrétion, fondée sur l’écoute et l’observation. « J’ai été informé de la situation et j’ai voulu comprendre ce qui se passait réellement », confie-t-il à Togo Actualités Web TV.
Le chef identifie des suspects, les convoque sous prétexte d’une rencontre ordinaire. Face à ses interrogations insistantes, les langues se délient. Les aveux tombent : ils reconnaissent leur implication dans un trafic de restes humains.
Un mode opératoire glaçant à Dévégo (Golfe 6)
Les suspects profanaient des tombes récemment creusées, extrayaient des crânes humains, puis les dissimulaient sous un réservoir d’eau (un tank) en attendant de trouver preneur sur un marché clandestin.
Guidée par le chef traditionnel et accompagnée des suspects, la police se rend sur les lieux. Sous le tank, la macabre découverte confirme les aveux : des restes humains soigneusement cachés, prêts à être écoulés. « Ce n’est pas une histoire inventée. Les faits sont là », insiste Togbui Charles Aklobessi-Edoh.
Au Togo, le respect des morts n’est pas qu’une tradition : c’est un socle civilisationnel. La profanation d’une tombe dépasse le cadre pénal ; elle touche au sacré, au lien invisible entre les vivants et leurs ancêtres.
À Dévégo dans la commune Golfe 6, l’émotion est vive. Les familles se sentent doublement meurtries : par la perte d’un proche et par l’atteinte à sa dignité. Les restes humains seront réinhumés dans le respect des rites traditionnels afin de restaurer un minimum d’honneur aux défunts.
Vigilance collective et responsabilité communautaire
Aujourd’hui, à Aklobessikopé, la peur n’a pas totalement disparu. Mais la mobilisation conjointe des autorités traditionnelles et des forces de sécurité a envoyé un signal fort.
« Ces actes cherchent à troubler la quiétude de notre communauté. Chacun doit être attentif et signaler tout comportement suspect », appelle le chef traditionnel.
Dans la commune Golfe 6, l’affaire rappelle une vérité essentielle : la sécurité n’est pas seulement une affaire d’État, elle est aussi une responsabilité communautaire.
Dans l’ombre des tombes violées, une leçon demeure : quand la vigilance citoyenne s’allie à l’autorité morale et aux forces de l’ordre, même les trafics les plus sordides peuvent être stoppés.







